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D’après les documents originaux de la bibliothèque P. Zoummeroff (archives de presse, photographies, ouvrage

L’Affaire Fualdès



Une scène de crime.

     Rodez, le 20 mars 1817, les eaux de l’Aveyron, 6 heures du matin, on retrouve le corps d’un homme aux mains ligotées. Il est ramené sur la berge du fleuve. Il s’agit de Me Fualdès, homme très connu dans la région. Son cou est tranché. Aussitôt la nouvelle se répand dans la petite ville et aux alentours. La population crie au complot royaliste. L’emploi du temps de Fualdès est reconstitué. Après le souper, il était sorti et on ne l’avait plus revu. La veille, le 19, vers 20 heures 30, on avait découvert une canne à pommeau d’argent ainsi qu’un « mouchoir à nez » dans la rue des Hebdomadiers, rue mal famée de Rodez. La présence de ces objets raffinés paraissait étrange dans un lieu aussi peu recommandable. Ces objets appartenaient à l’individu retrouvé assassiné. Le 22 mars, le juge Teulat commençait l’instruction de l’affaire et, contre toute attente, une multitude de témoignages vint à ses oreilles, tout Rodez se découvrit témoin privilégié du meurtre, un nombre insensé d’habitants jura avoir entendu, vu telle ou telle personne dans la rue des Hebdomadiers et dans ce qui allait devenir la scène de crime, la maison des époux Bancal.

Un personnage.

Antoine-Bernardin Fualdès est né le 10 juin 1761 à Mur-de-Barrez, petite commune de l’Aveyron, département créé en 1790 et reprenant en partie la superficie du Rouergue, ancienne province du Midi. C’est un personnage important, un notable, qui a fait carrière tout d’abord comme avocat, notaire puis à la Révolution, est devenu administrateur du Directoire de département de l’Aveyron, juré au Tribunal révolutionnaire de Paris, accusateur public au tribunal criminel de l’Aveyron et enfin, procureur près la cour d’Assises de Rodez, fonction qu’il a occupée jusqu’en décembre 1816. De ce riche passé révolutionnaire, il a conservé un attachement aux idéaux de la République et de l’Empire. Cet acteur de la Révolution s’est fait des ennemis dans les milieux royalistes ultras et la restauration monarchique ayant suscité en France et, en particulier, en Provence, une élimination des républicains et des bonapartistes, il peut craindre des représailles dans cette période qu’on a appelée la « Terreur blanche ».


Un contexte.

La « Terreur blanche » de 1815 fait suite à celle de 1795. Comme la réaction des royalistes en 1795 qui s’organisèrent en bandes armées comme les « Compagnons de Jéhu » surtout dans le Sud-Est contre les révolutionnaires, celle de 1815 se développa après la chute de Napoléon et s’exerça contre ceux qui avaient soutenu l’empereur. Des ultras n’hésitèrent pas à assassiner quelques soldats et généraux d’Empire, l’un des plus radicaux, La Bourdonnaye pointe Fualdès avec bien d’autres comme devant être éliminés. L’Aveyron semblait ne pas être touché par cette vague d’actes de vengeance mais la ville de Rodez n’était pas à l’abri de ce climat de guerre idéologique larvée d’autant plus qu’une recrudescence du brigandage, comme le vol des fonds de la recette publique en route pour Rodez, affaire dont le procureur Fualdès s’était occupé soupçonnant d’ailleurs les milieux royalistes, ne faisait qu’attiser les tensions et les populations réclamaient calme, retour à la vie paisible et justice. Le président de la cour d’assises de Rodez écrit au garde des Sceaux : « …on veut faire aux crimes qui se commettent dans ce département une teinte d’esprit de parti qu’il est essentiel de réprimer. Ainsi vole-t-on les recettes publiques, les malveillants s’empressent de répandre partout que les royalistes sont les seuls coupables. …Assassine-t-on des hommes dévoués au jacobinisme (comme Fualdès), les mêmes malveillants répandent les bruits les plus malveillants (cité par P. Darmon 1991) ». L’assassinat de Fualdès s’inscrit dans cette atmosphère où crime politique et affaire pénale sont en collusion. Le gouvernement de Louis XVIII, dirigé par le duc de Richelieu veut contenir les ultra-royalistes, sanctionner les actes sanglants  des « patriotes »,  éviter à tout prix un engrenage de la violence, un affrontement entre ultras et anciens révolutionnaires ressuscité à l’occasion du meurtre de l’ancien procureur. C’est pourquoi il faut faire la lumière sur l’affaire Fualdès au plus vite et trouver des coupables sans motivation politique de façon à ne pas revitaliser les antagonismes de la révolution. Le fils de Maître Fualdès, Didier Fualdès va dans le sens de cette politique « C’est mon père qui m’inspira une douce philanthropie, qui grava dans mon jeune cœur la crainte de Dieu, le respect pour les lois et le sentiment d’une sage liberté. N’est-ce pas assez vous dire qu’il pénétra mon âme de cet amour que les Français doivent à leur Roi ! » et, de façon encore plus explicite, « Soudain….la discorde civil fait entendre ses mugissements. O spectacle plein d’horreur ! Des parents, des amis, des concitoyens également estimables malgré leurs sentiments divers, et faits pour se chérir, vont s’entr’égorger. Par bonheur, un puissance invisible survint pour arrêter leurs bras furieux. …..N’en doutons pas, Messieurs,….(Fualdès) veillait sur nous du haut des cieux. Et sa mort en effet n’est-elle pas devenue comme le signal d’une réconciliation nationale ? Plus de partis opposés….Toutes les classes de la société s’unissent d’intention, toutes se confondent dans un même vœu, celui de voir la vindicte publique promptement satisfaite » (cité par Rouquette 1992). Les paroles du fils Fualdès incarnent parfaitement la parole et le projet du gouvernement de préserver la concorde sociale. Les inculpés seront de pauvres gens et quelques notables associés pour un crime crapuleux. La politique est hors-jeu.

Une avalanche de témoins.

De nombreux habitants s’étaient donc retrouvés à proximité de la maison appartenant aux Bancal, sise rue des Hebdomadiers alors que, comme dans toute ville de province à cette époque, les rues sont désertes à la nuit tombée. Certains avaient remarqué la présence d’individus louches dont un de grande taille qui semblait attendre ou guetter au coin de la rue, et un autre, de petite taille. D’autres témoins avaient entendu des hommes murmurer, faire des « hum hum », cachés dans l’obscurité. Un voisin avait été gêné dans son sommeil par les mêmes agissements feutrés au point qu’il s’était levé et avait crié aux gêneurs de se taire. On avait vu passer quatre hommes avec des chiens tenus en laisse. Des témoins avaient été bousculés, frappés par des inconnus dont un de haute taille accompagné d’un homme plus petit. Les témoins se souvinrent qu’un orgue de barbarie jouait dans la rue, sûrement pour couvrir des bruits, des cris éventuels. Ils avaient entendus effectivement des cris provenant de la maison Bancal. Un mendiant certifia que des assaillants avaient voulu forcer la porte de l’écurie dans laquelle il dormait et que, ne réussissant pas, s’étaient repliés vers la fameuse maison en portant un homme qui semblait suffoquer. Une vieille fileuse de quatre-vingts ans, une voisine, raconta qu’elle avait entendu dans la maison, un tapage infernal digne d’une nuit de sabbat.

    Outre la scène de la rue des Hebdomadiers, quantité de témoins avaient assisté au trajet emprunté par les assassins pour aller jeter le cadavre. Ils avaient traversé la ville, la place de la Cité, la place d’Armes et une dizaine d’habitants affirmaient les avoir vus passer sous leurs fenêtres.

    Fort de tous ces témoignages, le juge Teulat opéra une perquisition à la maison Bancal. On trouva une couverture tâchée de sang et de petits os qui devaient provenir d’achats faits en boucherie. Le juge déduisit pourtant que cette couverture avait dû être utilisée pour transporter le corps de Fualdès. Les époux Bancal et leur fille la plus âgée furent jetés en prison aussitôt. Mais l’opinion réclamait d’autres coupables. On interrogea les autres enfants Bancal confiés aux bonnes sœurs. La petite Magdeleine, pressée de questions, intimidée, se mit à parler. Des hommes s’étaient rendus chez elle en traînant un autre homme qu’on avait tué avec un couteau. Son père le tenait par les pieds. Elle avait tout vu faisant semblant de dormir. Son frère Alexis, cinq ans allait dans le même sens et Victor, sept ans, disait que tout le monde dormait. Ces révélations avaient suscité, à leur tour, une autre série de témoignages d’adultes et d’amis des enfants prétendant avoir été mis dans la confidence.

    Enfin, on arrêta les autres, ces individus qui faisaient le guet, qui faisaient « hum hum », qui avaient assassiné. Ainsi Jean-Baptiste Collard, Joseph Missonnier, Bousquier, Palayret et Bach furent-ils arrêtés. La tenancière d’un cabaret, Rose Féral les avait désignés. Ils avaient bu chez elle, étaient sortis et rentrés dans le cabaret aux alentours de huit heures, neuf heures. Voilà qui fut suffisamment suspect aux yeux du juge d’autant plus que ces hommes n’avaient pas bonne réputation, vivant de petits métiers, et surtout Collard qui logeait dans une des chambres de la maison Bancal la partageant avec Anne Benoît. Elle fut arrêtée aussi. Seul Palayret fut relâché. Tous les autres furent suspectés sur la base de simples mots prononcés. Collard aurait dit : « Si je savais qu’un homme portât vingt-cinq louis, je lui tirerais un coup de fusil pour les avoir » ou alors, apprenant le sort de Fualdès : « Il y en aura bien d’autres ». De simples paroles avaient suffi pour rendre présumés coupables tous ces gens sans qu’aucune preuve tangible ne soit avancée. Une phrase, un geste devenait un signe accablant comme la femme Bancal allant laver son linge sale dans l’Aveyron le 20 mars : certains avaient cru y voir du sang.

    Tout le monde était satisfait de ces arrestations mais il restait à appréhender le cerveau qu’on supposait appartenir aux ultras. A Rodez, un certain Charles Bastide-Gramont, « Baptiste le gigantesque », vu sa taille, que les gens n’aimaient pas devint le coupable idéal. C’était le filleul de Fualdès. Et puis, un autre homme, de petite taille, Joseph Jausion, agent de change, usurier ne pouvait être que son complice.

Le cerveau.

Charles Bastide-Gramont mesurait un mètre quatre-vingt dix, c’est la raison pour laquelle il fut suspecté. En outre, il avait une réputation de séducteur arrogant et débauché. Des rumeurs véhiculées par une ancienne servante circulaient à son sujet concernant un meurtre qu’il aurait commis à Prades. De plus, il était souvent mal habillé et des dépositions d’honnêtes citoyens, un professeur, un percepteur des contributions assuraient qu’il avait l’air d’un coquin. On suppose qu’il devait de l’argent à Fualdès, son parrain, 10000 francs, et que sans le sou, il l’avait assassiné pour lui dérober les reconnaissances de dettes. Sans preuve établie, le juge Teulat, sur ces simples suppositions qui se révéleront inexactes et sur les dénégations vives de Bastide-Gramont qui font office de signes de culpabilité, l’inculpe malgré un alibi valable. Bastide-Gramont concentre sur lui un déferlement de haine, haine des possédants,  que la justice va considérer comme élément suffisant. Entre temps, le dénommé Bousquier avoue sous la pression que Bastide est le cerveau de l’affaire. Le cour d’assises est dessaisie au profit de la cour prévôtale dont le juge instructeur est le Chevalier de la Salle qui s’empresse de chercher le complice de Bastide en la personne de Joseph Jausion, homme de petite taille, lui aussi riche, mal aimé, usurier, agent de change et beau-frère de Bastide. Les cours prévôtales avaient été instituées sous la restauration, en 1815, pour juger sommairement les délits de faible importance. La thèse du complot de famille s’étoffe. Là encore, des rumeurs désignent Jausion coupable d’un infanticide et Fualdès aurait eu en sa possession les documents prouvant ce crime. Ce n’est qu’une rumeur mais la population la croit et, à nouveau, des dizaines de témoins se manifestent pour laisser entendre l’implication de Jausion dans le meurtre de Fualdès. En avril, le chevalier de la Salle déclare l’instruction close. Au mois de mai, Antoine Bancal meurt en prison en laissant une confession où il raconte toute l’affaire, accusant tous les inculpés. Répondant aux demandes des avocats de Bastide et Jausion, Me Romiguière et Rodier, la cour d’appel de Montpellier, devant ce dossier si complexe et mystérieux, annule l’arrêt de compétence de la cour prévôtale et renvoie l’affaire devant la cour d’assises de l’Aveyron. Cela signifie que l’accusation devra se faire devant un jury populaire, que les avocats de la défense assisteront les suspects et pourront apporter des preuves de l’innocence de leur client et, éventuellement démonter toute l’accusation fondée sur des rumeurs, des on dit, des haines. Il faut donc valider avec force les soi-disantes preuves en produisant un témoin digne de foi. Dans les « confessions » de Bousquier et Bancal, apparaissaient une femme vêtue de noir présente le soir du meurtre. C’est à ce moment qu’entre en scène madame Clarisse Manzon .

Madame Clarisse Manzon.

Marie-Françoise-Clarisse Enjelran épouse Manzon a 32 ans en 1817, mariée à 18 ans à un homme plus âgé qu’elle n’aimait pas, se divertissant de ce mari ennuyeux avec un amant qu’elle délaissera. Esprit romanesque, excentrique, éprise de sentimentalité et bercée d’illusions amoureuses, cette lointaine cousine d’Emma Bovary préfère l’amour infidèle à l’amour conjugal aussi, pour renouer avec son mari, elle lui demande de jouer l’amant et de lui faire une cour secrète. Le mari se prête au jeu, Clarisse se délecte d’une telle comédie, un enfant naîtra, mais le naturel revient au galop, l’amant disparaît et le mari aussi et Clarisse retombe dans son ennui provincial. La distraction viendra du lieutenant Clémendot, son nouvel amant. C’est l’aide de camp du général de Vautré qui avait la charge de garder les prisonniers et instigateur du stratagème qui va amener Clarisse Manzon à bouleverser encore plus les données de cette affaire criminelle.

        Cette liaison torride n’empêche pas Clémendot de courtiser une certaine Rose Pierret et Clarisse Manzon cherche à se venger de cet affront. Elle en aura l’opportunité en répondant par le défi à une allusion de son amant au sujet de cette femme en noir présente chez les Bancal le soir du meurtre de Fualdès. Elle avoue, dans le but de rendre jaloux Clémendot, qu’elle est cette femme qui a tout vu ce soir du 19 mars. Elle avoue s’être rendue dans ce lieu interlope afin d’y rencontrer  un jeune homme. Son désir de vengeance associé à son esprit romanesque et fertile l’incite à se glisser dans un rôle dont elle ne prend pas la mesure. Aussitôt, le procureur du roi, Monsieur Constant la convoqua. Elle nia, cette fois-ci, toute implication mais toute la ville de Rodez, les magistrats, son père savaient ce qu’elle avait dit, même faussement et par défi au lieutenant Clémendot. Elle ne pouvait plus se rétracter et, malgré des tentatives pour échapper à l’engrenage, des mensonges, elle ne put résister face au chantage qui s’exerçait contre elle si elle ne témoignait pas, celui de son père en particulier, lui-aussi, contraint d’aller dans le sens de la thèse du complot fomenté par Bastide-Gramont. Clarisse Manzon fut l’objet d’un véritable harcèlement pour relater des faits auxquels elle n’avait pas assisté. Nous sommes au mois d’août 1917, il faut des coupables pour un crime crapuleux et non pour un crime politique.

Le procès.

Il s’ouvre le 18 août à la cour d’assise de Rodez situé dans l’ancien couvent des Cordeliers. Les accusés sont Bastide-Gramont, Jausion, les organisateurs, la veuve de Bancal, l’hôte, Collard, Anne Benoît, Bach, Bousquier, Missonier les complices, une des filles des Bancal, Marianne, simple témoin et les deux sœurs de Bastide, Victoire Bastide, épouse de Jausion et Mme Veuve Galtier. Douze jurés sont retenus, des notables proches du pouvoir. La lecture de l’acte d’accusation reprend toutes les rumeurs, les constructions montées depuis mars.

Le procureur-général  Juin de Siran représentant le ministère public: « C’est dans la maison Bancal que fut traîné la victime : elle fut étendue sur une table et égorgée avec un couteau de boucher ; son sang fut pris dans un baquet et donné à un cochon qui ne put le finir...

« A peine l’assassinat fut-il connu, que l’opinion générale signala Bastide-Gramont, comme l’auteur principal de ce crime. Il devait 10,000 fr au malheureux Fualdès. Bastide lui tendit le piège d’un rendez-vous… »

« Bach a été un des premiers auteurs. Le jour même de l’assassinat, il engagea Bousquier à venir le soir lui porter une balle de tabac de contrebande, le conduisit avant huit heures du soir dans la taverne de Rose Feral…. Et c’est là où étaient aussi réunis Colard et Missonier…..Anne Benoît co-habitait avec Collard, dans la maison qui a été le théâtre du crime ».

« Le sieur Jausion a été vu dans la cuisine de Bancal, le soir de l’assassinat, à dix heures….Il connaît les auteurs du crime et ne veut pas les nommer….Le lendemain à huit heures du matin , il s’est transporté dans la maison Fualdès…Il y a commis des soustractions…..Enfin il est établi que les dames Jausion et Galtier l’ont accompagné soit dans la chambre où était le placard, soit dans le cabinet de la bibliothèque ; qu’elles l’ont aidé dans les effractions et soustractions qui ont été commises… »

Près de trois cent vingt témoins allaient défiler dont quatre-vingt à décharge mais dont la voix ne serait pas entendue. Toute l’accusation était fondée sur des suppositions et des constructions mentales erronées comme les fameux joueurs de vieille qui avaient couvert les bruits et le cris de la maison Bancal. Ils précisèrent qu’ils avaient joué non à vingt heures rue des Hebdomadiers mais à six heures à l’angle d’une autre rue. Les magistrats en  conclurent qu’il devait s’agir d’autres musiciens et leur témoignage ne fut pas retenu.
Tous les accusés nièrent leur implication :

M. le président à Bastide-Gramont : « N’étiez-vous pas le parent et ami de M. Fualdès ? n’aviez-vous pas reçu de lui des services ? » Gramont : « C’est moi qui lui ai rendu les plus grands services » Le Président : « Où étiez-vous le 19 mars dernier au soir ? »Gramont : « Je partis de Rodez vers la nuit tombante et j’allai me coucher à mon domaine de Gros ». Le Président : «  N’est-il pas vrai que vous vous trouvâtes dans la maison Bancal entre huit heures et dix heures ? » Gramont : « Il y a plus de quatre ans que je n’ai mis les pieds dans cette maison…. »
    Tout le monde attend l’entrée de Clarisse Manzon qui doit éclaircir par son témoignage toute l’affaire. N’avait-elle pas dit à Didier Fualdès, le fils d’Antoine-Bernardin qui la suppliait de dénoncer les coupables, qu’il serait vengé et que les criminels périraient ? Dans ses Mémoires, elle écrira « Didier Fualdès était si convaincu que sa conviction passa dans mon âme…. »

Séance du 22 août 1817.

«Mme Manzon entre dans le prétoire. Le président demande aux accusés s’ils connaissent cette femme. Aucun ne la connaît en particulier. Le président à Clarisse Manzon : « Dites-nous ce que vous savez de l’assassinat de M. Fualdès » Madame Manzon lance un regard expressif sur les accusés et tombe évanouie. Un peu plus tard, le président : « Allons madame, tâchez de calmer votre imagination ; n’ayez aucune crainte, vous êtes dans le sanctuaire de la justice…Faites connaître la vérité…Ne vous-êtes vous pas trouvée à l’assassinat de M. Fualdès ? » Réponse de Clarisse Manzon : « Je n’ai jamais été chez la femme Bancal (après un moment de silence) Je crois que Bastide et Jausion y étaient ». Le président : « Si vous n’y étiez pas présente, comment le croyez-vous ? » C. Manzon : « Par des billets anonymes que j’ai reçus, par les démarches qu’on a faites auprès de moi ». Le président : « …..Comment avez-vous pu dire que vous les regardiez comme coupables ? » C. Manzon : « C’est par conjoncture. (Et se tournant du côté de Jausion) quand on tue ses enfants, on peut tuer ses amis…. » Alors le président se livre à une exhortation invoquant le père de Clarisse, la justice, l’humanité, sur le ton le plus suppliant ce qui produit à nouveau l’évanouissement de Mme Manzon. Ensuite ses réponses seront évasives, incomplètes. Le témoin Amans Rodat fait ainsi sa déposition : « Mme Manzon s’est rendue à plusieurs reprises dans ma maison d’habitation à Olimps. Il a été souvent question, entre elle et moi, de ce crime….On a discuté cent fois, en sa présence, les preuves telles que le public les indiquait….Jamais Mme Manzon n’a dit un mot qui pût faire présumer l’innocence des accusés, comme elle n’a jamais dit positivement qu’elle fût certaine de leur culpabilité. En général, j’ai cru remarquer qu’elle paraissait plutôt empressée d’apprendre des détails que d’en donner elle-même ». La prestation de Clarisse Manzon tout au long du procès reflètera son statut de témoin inventé, négations, rétractations, aveux, divagations. Elle apostrophe les accusés, « Avoue donc ! » lance-t-elle à Bastide, ou craint pour sa vie « Sauvez-moi de ces assassins ! », crie-t-elle.  Elle ne sait rien mais la pression sociale, après son faux aveu à Clémendot, l’oblige à se conformer à ce qu’on attend d’elle. Elle est le témoin principal, elle est attendue, mais ses déclarations ne correspondent pas à la logique criminelle et sociale qu’elle aurait dû suivre. Pire, nier sa présence dans la maison Bancal peut la faire soupçonner de vouloir sauver les accusés. Une complice ? Le meurtre de Fualdès a déclenché une fureur populaire qui réclame justice et Clarisse Manzon est un élément de réponse à cette exigence. Témoin malgré elle, elle ne sait comment endosser ce rôle. Un procès dans le procès ? On s’acharne à lui soutirer le témoignage qui accusera définitivement Bastide, Jausion et leurs complices. Didier Fualdès la supplie, le président la relance sans cesse, on lui lit ses déclarations, mais Clarisse Manzon campe sur ses positions ambigues.
Les témoins défilent et ne font que reprendre ce qui a été dit : « On ne distingue plus entre croire et savoir, ou, pour être précis, on tient pour acquis ce que l’on croit depuis le commencement. On s’acharne à confirmer, on ne songe pas un seul instant à infirmer…cette projection permanente de ce qui est connu sur ce qui reste à connaître expliquent pourquoi, après un certain point, les débats n’avancent plus et tournent selon la spirale infinie du ressassement…Et les aveux, ceux  de Bach, le portefaix contrebandier, ceux de Catherine Bancal la tenancière viendront en leur temps chanter la même chanson, épouser la même mélodie». (Rouquette 1992 p. 33) Certains, au bout de leurs forces, angoissés par la perspective de la mort, ou sommés d’avouer comme Bousquier à qui on a placé un pistolet sur la tempe, se laissent aller à tout raconter, un récit qu’ils ont entendu mille fois et qu’ils peuvent réciter. Sur son lit de mort, Bousquier dira : « Je soussigné, étant au lit de mort….déclare que tout ce que j’ai dit relativement à l’assassinat de M. Fualdès….est entièrement faux, que ce n’est que la craint de la mort dont j’étais menacé qui m’a engagé à dire que j’avais été chez Bancal…. ». Mais pour l’heure, les avocats de la défense tentent de démonter les accusations mais celles-ci n’étant fondées que sur des rumeurs, elles sont d’autant plus difficiles à combattre.


Plaidoiries finales

Maître Rodier, avocat de Jausion, évoqua Fualdès, un homme criblé de dettes et rétablit la réputation de son client, met au jour les contradictions de la déposition de Bousquier. Maître Combarel, défendeur de madame Bancal a montré que la Bancal n’avait aucun intérêt dans le meurtre, « un hasard funeste » l’aurait rendu témoin mais non complice, il attaqua madame Manzon,  Maître Grandet, avocat de Missonnier, fit passer son client pour un imbécile. Maître Romiguière prit la parole le 5 septembre et pendant sept heures, il essaya de prouver l’innocence de Bastide. Sa plaidoirie est la plus talentueuse. Il rappela les liens d’amitié entre Bastide et Fualdès, puis c’est le mode de vie simple de son client auquel il est fait allusion, quelqu’un sans aucune « soif de l’or ». Le motif du vol ? Fualdès avait des  dettes, quant au meurtre lui-même, Bastide, s’il était coupable, aurait agi autrement, de façon plus discrète, Romiguière redit que Fualdès était sorti de chez lui à huit heures, sans suite, sans lanterne, après s’être muni d’un sac d’argent. …..Peut-être sortait-il pour un de ses actes de charité qui lui étaient si familiers….tirons le voile ; mais reconnaissons que l’assassinat de cet infortuné magistrat fut un crime obscur, commis dans l’unique but de voler le sac d’argent, un crime étranger à Bastide ». Maître Romiguière continuait sur ce ton «jamais , une procédure criminelle n’offrira un incident pareil à celui-ci. C’est qu’il fallait, pour le créer un concours de circonstances, et une femme telle de madame Manzon. Aussi les uns l’ont-ils comparée à un ange, député de la providence dans la maison Bancal ; pensée sublime sans doute, mais qui confond mes idées et absorbe mon intelligence. ….Les autres ont cru qu’avec une imagination exaltée, égarée par la lecture des romans, madame Manzon avait aspiré à représenter une de ces fées orientales, auxquelles le destin déléguant une partie de ses droits, confiait la destinée de quelques êtres privilégiés….ceux-ci ont prêté à madame Manzon une sorte d’aliénation mentale ; et l’esprit qui éclate dans ses lettres repousse cette supposition (lettres adressées au préfet)…Ceux-là ont attaqué son cœur ; mais quand on l’a entendue parler de son fils avec cet accent maternel, digne de l’Andromaque de Racine, peut-on douter de sa sensibilité ?.....Quelle est donc cette dame Manzon, qui ne parle pas, et qu’on veut faire parler ; qui n’avoue rien, et à qui on prête de si singuliers aveux, qui n’a aucun secret, et à laquelle on demande sans cesse son secret…. » L’avocat met en garde les jurés contre l’erreur judiciaire : « Quel serait votre effroi , s’ils vous apprenaient que, par une téméraire précipitation, vous auriez immolé l’innocent ?......Vous savez le peuple ! sa prévention d’aujourd’hui se changerait en indignation contre vous….. ». Les mots de Maître Romiguière ébranlent l’assistance. Mais un coup de théâtre, au plutôt deux allaient relancer toute l’affaire.
Les défenseurs terminèrent leur plaidoirie le dimanche 7 septembre. Le lundi, ce fut au tour de la partie civile. Il n’y eut pas de séance le 9, en raison de la foire de Rodez. Le 10 et 11, l’avocat général résuma les faits puis les avocats de la défense purent répondre à cet exposé. Maître Romiguière  s’attaqua à nouveau à madame Manzon et l’exorta à dire ce qu’elle savait : « Craignez-vous les accusés, lui a-t-il dit, ils sont dans les fers ! Non ! répondit madame Manzon, qui lança une réplique qui allait jeter la perplexité et la peur dans le prétoire : «  tous les accusés ne sont pas dans les fers » A ces mots, le public fut pris de panique, de terreur comme si d’autres meurtriers les observaient mais le procès était clos, ce coup de théâtre, cette parole de madame Manzon acheva de convaincre les jurés de la culpabilité de tout le monde. Le président ferma les débats le 12. Le verdict fut le suivant : Bastide, Jausion, Bach, Collard, la Bancal déclarés coupables avec préméditation et condamnés à mort, Missonnier, Anne Benoît, coupables de meurtre sans préméditation et condamnés à la prison à perpétuité, Bousquier, coupable de la noyade du corps, condamné à deux ans de prison, Mmes Jausion, Galtier et Marianne Bancal innocentées.

Les condamnés signèrent un pourvoi en cassation adressé à maître Loiseau, avocat au Conseil d’Etat. Après lecture du procès-verbal des débats, il constata que plusieurs témoins n’avaient pas juré de parler sans haine et sans crainte comme il est habituel de le dire, que d’autres n’avaient pas juré de dire rien que la vérité. En vertu de ces anomalies, le procès fut annulé, tout était à recommencer. L’affaire fut désormais placée devant la Cour d’assise d’Albi. C’était le deuxième coup de théâtre qui fut accompagné de l’incarcération de Clarisse Manzon pour faux témoignage et complicité de meurtre le 14 septembre. C’était la conséquence de sa phrase.

La presse

    L’affaire suscita une littérature qui dépassa les frontières départementales et nationales. Les journaux tels Le Journal des débats, Le Conventionel, Le Moniteur suivaient de près les rebondissements grâce à leurs correspondants qui inaugurent le journalisme judiciaire. A côté du compte-rendu des débats, les chroniqueurs se livrent à des commentaires qui alimentent les légendes autour des personnages de l’affaire. Un des plus célèbres commentateurs est Hyacinthe Tharaud qui rédigea les Lettres du sténographe parisien. L’auteur relate jour après jour le déroulement du procès, son enquête auprès des habitants de Rodez et se fait observateur à la fois satirique et moraliste des mœurs et coutumes de l’Aveyron. Sous sa plume Rodez devient un repère sinistre de personnes louches et dans, un style orné, traduit l’atmosphère si délétère de la ville : « Depuis que Rodez a la garde des assassins de Fualdès, tout inconnu a inspiré des doutes à plus d’un citadin effaré, chaque nouveau venu dans la petite ville a été successivement un conspirateur, un envoyé du ministère de la justice… » (Lettres d’un sténographe parisien, 9 septembre, cité par Rual 1951). La petite phrase de madame Manzon n’a fait qu’attiser les peurs et la population commence véritablement à s’interroger sur la véracité de tous les témoignages à charge. Le 20 novembre, le sténographe écrit : « Un voyageur, qui passe quelques jours à Rodez, peut acquérir mille preuves confirmant cette vérité, que sur les lieux mêmes qui ont été le théâtre d'une action remarquable, des contradictions s'établissent sur les faits, et que la vérité s'y couvre d'un nuage qu'il faut être à quelque distance pour percer, ou mieux encore dans une telle situation de désintéressement et d'impartialité, qu'elle vous puisse défendre contre toute surprise et contre l'attrait du merveilleux ».

Dans ses lettres, l’auteur consacre de nombreux passages à « l’héroine », madame Manzon qui fait figure de plus en plus de personnage clé et dont l’aura dépasse les frontières: « (Elle) est au secret dans une chambre de six pieds carrés, dont l’ouverture, grillée, donne sur une cour. J’ai obtenu la faveur de la visiter à plusieurs reprises….la réception qu’elle nous a faite a été est pleine de grâce et même de naiveté….. ». Elle est devenue célèbre dans toute l’Europe et même aux Etats-Unis car l’affaire devient un feuilleton suivi dans le monde et, elle participe elle-même à sa renommée par la publication de lettres, mémoires, voici quelques titres : Mémoires de Mme Manzon explicatifs de sa conduite dans le procès de M. Fualdès écrits par elle-même…, (ouvrage remanié par Touchard-Lafosse alias le sténographe parisien) Madame Manzon aux habitants de Rodez, réponse de cette dame au sténographe parisien, Mon plan de défense dans le procès Fualdès adressé à tous les cœurs sensibles,….A cela, il faut ajouter des billets qu’elle adresse régulièrement à la cour où elle demande de la protection car elle sent menacée. De 1817 à 1818, une centaine de brochures, livres, essais furent écrits sur l’affaire qui participèrent à cette hallucination collective d’une opinion en quête d’une vérité, peu importe si elle ne coincidait pas avec les faits. Cette affaire est un cas unique pour qui veut étudier le phénomène de la rumeur et ses répercutions dans le cadre social et politique et journalistique.

Un second procès (25 mars-4 mai 1818)

Albi, siège de ce second procès, connut une fièvre encore plus forte qu’à Rodez. La ville devint une attraction et les notables comptaient sur cette publicité inattendue pour attirer un public susceptible d’alimenter les commerces, les hôtels mais c’est une faune d’individus plus ou moins louches qui fut attiré par le spectacle. Afin de ne pas laisser se répandre  dans l’opinion l’idée que tout le procès n’était fondé sur aucune preuve tangible, en effet, on pouvait lire dans les commentaires de l’époque : « Quelles sont les charges contre les accusés ? Une rumeur semée peut-être par la malveillance, qui n’a de consistance que par le verbiage, apparemment suggéré, d’un enfant de huit ans (un des enfants Bancal) et par les entretiens romanesques de la dame Manzon qui ne peut, sans tomber en défaillance, soutenir l’aspect, l’image même des accusés…. » (Cité par P. Darmon 1991) les magistrats, encouragés par le pouvoir vont exacerber les tensions par une stratégie de la dramatisation et du chantage.

Les témoins à décharge, peu nombreux au demeurant, furent dissuadés de comparaître. Ceux qui affirmaient que Bastide avait couché chez lui et n’avait pu se rendre chez les Bancal, comme les gens de maison de Bastide, étaient arrêtés pour faux témoignages et ne devant leur libération qu’en échange de leur rétractation et ceux qui avouaient simplement n’avoir rien vu ni rien entendu comme les époux Saavedra, espagnols, voisins du dessus des Bancal, étaient traités avec le plus parfait mépris. On s’assura que les jurés étaient convaincus de la culpabilité des prévenus, on trouva d’autres témoins sur le tard qui répétèrent ce qu’on voulait qu’ils répétassent, les conditions de détention furent plus dures dans le but de faire avouer les inculpés ce qui réussit avec Bach et Mme bancal qui passèrent aux aveux, épuisés par les mois d’interrogatoire. Enfin, le « feuilleton Manzon » continue. Les intimidations constantes à l’encontre de Clarisse Manzon sont récompensées. Elle cède et avoue sa présence sur le lieu du meurtre.  Mais, comme à son habitude, Clarisse Manzon laisse entendre qu’elle est manipulée, «  je fus une machine montée au gré d’une volonté étrangère », c’est à son tour d’être inculpée. Voulant écarter la perspective d’être définitivement séparé de son fils, elle confirme ses aveux.

Malgré toute l’éloquence et l’art de Me Romiguière qui fit dire à Bastide des répliques de ce genre : « Clarisse Manzon, ma défense contre cette femme, témoin, accusée, accusateur ; contre cette femme que la prévention tour à tour blâme et caresse, humilie sans pitié, exalte sans mesure ; contre cette femme qui, pour n’être pas dégradée par la justice, força la justice à se dégrader pour elle…. », le verdict fut rendu le 4 mai 1818 : Bastide, Jausion et Collard furent condamnés à mort, exécutés le 3 juin. Les peines de Bach et de la Bancal furent commuées.

Un troisième procès, 21 décembre-15 janvier 1818.

Un troisième procès s’ouvrit car de nouveaux accusés avaient été  désignés lors de ce procès hors-normes en les personnes de Yence d’Istournet, notaire, Bessière-Veynac, parent de Bastide et notaire aussi et le commissaire Constans, chargé de l’enquête au tout début. Le commissaire est accusé de ne pas avoir mené l’enquête avec soin et les deux autres sont soupçonnés d’avoir, évidemment, participé au meurtre. Les témoins sont Bach, Bancal et Clarisse Manzon. Le public entendit tout un florilège encore plus extravagant de témoignages où la mauvaise foi le disputait à l’invention la plus débridée mais les alibis des accusés étaient vérifiables. Ce fut alors tout le système d’accusation qui s’écroula et non seulement à l’occasion de ce dernier procès mais les révélations des témoins corrompus qui révélèrent leurs fausses dépositions et des témoins mus par la vengeance, achevèrent cette mascarade Les accusés furent acquittés et ce coup de théâtre rendit les conclusions des premiers procès caduques. L’innocence de Bastide et Jausion et des autres étaient par la force des choses éclatantes d’autant plus que Bousquier se rétracta ainsi que d’autres témoins à charge. Mme Bancal, elle aussi, retira plus tard ses accusations et Clarisse Manzon en fit de même plusieurs années plus tard. Le fils de Fualdès, toujours en quête de la vérité,  écrivit au garde des Sceaux en 1820 afin que la lumière soit faite sur le meurtre de son père soulignant l’erreur judiciaire de Rodez et d’Albi. Les autres protagonistes moururent en prison comme Anne Benoît, Bach, Catherine Bancal. Clarisse Manzon mourut à l’âge de quarante ans dans le plus isolement et dénuement après une fin de « carrière » pitoyable où elle vendait sa conversation au sujet des procès.

Qui a tué Fualdès ?

Plusieurs hypothèses ont circulé. Me Romiguière, l’avocat de Bastide a soutenu la thèse du crime crapuleux, Bousquier et Collard auraient entraîné Fualdès dans un endroit louche pour le détrousser. On a aussi prétendu que Fualdès se rendait à un rendez-vous galant et qu’une vengeance amoureuse serait à l’origine du crime. D’autres ont voulu établir un lien entre l’ancien procureur et Louis XVII. Il aurait eu en sa possession des documents attestant l’identité et la survivance du fils de Louis XVI et qui auraient privilégié tel ou tel personnage se réclamant de la lignée royale. Mais il faudrait conclure comme l’auteur d’un article du Mercure de France (16/06/1911): « Par conséquent, il faut considérer comme certain qu’aucun lien n’existe entre l’affaire Fualdès et la question Louis XVII, tout en se demandant pourquoi et comment l’idée d’affirmer cette relation put venir….. ».

Une autre hypothèse renvoie à l’affaire de la malle d’Espalion qui transportait la recette publique de Rodez qui fut volée sur la route Espalion Rodez. Fualdès soupçonna les royalistes du Rouergue qui avaient besoin de fonds. Quelques années avant, en 1814, ces aristocrates, réunis autour de l’organisation des Chevaliers de la foi, défenseurs de la monarchie et de la foi, fondée en 1810, tendance ultra et dissoute en 1826, allaient proclamer le retour du roi Louis XVIII. Ce coup d’éclat royaliste est déjoué par Fualdès, procureur impérial à l’époque. Les  royalistes de Rodez lui en garderont une haine éternelle qui aurait pu  se transformer en meurtre. L’instruction de cette affaire commencée en 1817 risquait de mettre en cause Louis Bancalis de Pruynes, l’oncle par alliance du ministre de la Police de Louis XVIII, Decazes. Seul le témoignage de Fualdès pouvait suffire à confondre Bancalis mais le procureur est assassiné et les Chevaliers de la foi échappent aux poursuites. Ce récit, séduisant, n’est cependant qu’une supposition.

Toutes les interprétations de l’affaire Fualdès restent sans réponses définitives. En revanche, cette affaire aura mobilisée toute l’opinion publique encore naissante, dépassant les frontières de la France et allant jusqu’au Etats-Unis. C’est une des affaires judiciaires qui connût un des retentissements les plus grands depuis Voltaire et l’affaire Calas. Le déroulement du procès tiendra en haleine toute la France relayé par les chroniqueurs « polygraphes » de l’époque qui auront en la personne de Clarisse Manzon, une narratrice qui donnera à toute cette séquence judiciaire les allures d’un feuilleton dramatique à rebondissements.   

L’affaire Fualdès restera avant tout l’histoire d’une erreur judiciaire.       

 

     A l’occasion du bicentenaire de cet assassinat, une exposition sur l’affaire Fualdès aura lieu d’avril à décembre 2017, à Mur-de-Barrez, on pourra découvrir à la bibliothèque municipale, (10 rue de la Parro, 12600 Mur-de-Barrez), une présentation de la vie de Fualdès, fils d’une famille aisée de Mur, et ancien révolutionnaire. Une vingtaine de livres illustrés de gravures originales dont certains datent de 1818 seront mis à la disposition des lecteurs en consultation sur place.

 

     Une exposition au Musée Fenaille (14 place Eugène-Raynaldy, 12000 Rodez) à partir d’avril 2017 jusqu’à à fin décembre 2017.

Les protagonistes de l'affaire Fualdès en 1818 ont été croqués ci dessous.

Les protagonistes de l affaire fualdes en 1818

 

 

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Date de dernière mise à jour : 31/01/2017